Les années de guerre vues par une écolière.                    Interview de Nelly Duval

Pêle-mêle, quelques anecdotes gardées en mémoire par Denise Duchemin qui, du haut de ses 9 ans et demi, a vécu cette période troublée faite de peurs et d’émotions.

 

 

 Les doryphores

 

Un après-midi, lorsque j’étais à l’école, nous sommes allées avec notre institutrice, Mme Grall, ainsi qu’avec Mr Menant et ses garçons, ramasser des doryphores dans un champ de pommes de terre car ce parasite entraîne la destruction de ce tubercule. C’était obligatoire et recommandé par les allemands. Nous avions donc, chacun, une boîte en métal et, lorsque la cueillette fut terminée, je crois que nous les avons brûlés.  Il était très important de protéger ce légume car c’ était notre nourriture de base pour les repas du soir et aussi du midi, accompagné de haricots secs, de lard ou de volailles.

 

 Le rationnement

 

A cette époque, il y avait pénurie de tout : café, sucre, chocolat, vêtements, chaussures, savon. Cependant, à la campagne, nous mangions à notre faim puisque, dans nos fermes, nous ne manquions ni de lait, beurre ou crème, ni de lapins, volailles ou cochons. Pour le reste, chacun faisait comme il pouvait et, parfois, c’était ingénieux.

 

Faux café et faux sucre

 

De temps en temps, une odeur de grillé nous arrivait. Je me souviens que ma grand-mère allait chercher le brûloir à café chez Elise, la débitante de l’épicerie-boissons-mercerie-sabots-balais-quincaillerie, etc (emplacement actuel de la Baratte).

J’aimais tourner ce grilloir dans lequel nous introduisions du café de jardin (des graines de « fèvette » ou de lupin) et de l’orge. Avec ce mélange une fois passé au moulin à café, l’on obtenait une boisson noire que l’on appelait café. La couleur y était, non le goût. 

Le sucre étant rationné, on le gardait pour la confection de la confiture de groseilles et de rhubarbe. A l’automne, lors de la fabrication du cidre, nous faisions très longuement cuire, jusqu’à évaporation, un mélange de cidre doux, de poires, de carottes et d’aromates. Cela donnait un sirop épais et noir mais, attention !  il ne fallait pas qu’il brûle sinon son goût devenait amer et désagréable. Du haut de mes 7 ou 8 ans, j’assistais à cette transformation opérée par ma grand-mère aidée d’Edma, notre couturière.

 

Sabots neufs en miettes

 

Cette Edma, quel personnage pour moi ! Elle me fabriquait des chaussons dans les culottes de velours usagées de mon grand-père. Pour le confort, je les mettais dans mes sabots. A propos de sabots, un jour, pour courir plus vite en jouant avec mes copains et copines, j’enlevai mes sabots tout neufs et les rangeai près du mur du cimetière. Jules Duquesney, le maire de la commune, arriva peu de temps après en voiture à cheval. Comme d’habitude, il attacha l’animal à l’anneau fixé au mur et ce qui devait arriver arriva. Le cheval, s’impatientant de la longue absence de son maître, recula la voiture qui écrasa mes sabots neufs. Quelle tuile ! Il me fallait pourtant rentrer à la maison, sans sabots ! Ma grand-mère se mit très en colère : « Pensez donc, des sabots neufs, difficiles à trouver et de plus, courir en chaussons, ça les use trop vite ! ». Quant à mon grand-père, alerté par mes cris, il me prit sur ses genoux et m’administra une fessée magistrale avec le droit d’aller au lit sans  souper. Le lendemain matin, je descendis de la chambre, le nez baissé, n’osant affronter leur regard mais mon grand-père me dit : « Viens nous dire bonjour ! » . Je compris que j’étais pardonnée.

 

Des envahisseurs musiciens

 

Les Allemands avaient réquisitionné la salle à manger ainsi que deux chambres pour en faire un P.C (poste de commandement). Un jour, en fin d’après-midi, ils allèrent chercher quelques personnes ainsi que leurs enfants et l’abbé Caen, alors curé de Saint Denis. J’étais en tête entre deux officiers. Qu’allaient-ils faire de nous ?  Avant d’entrer dans l’église, ils ôtèrent leurs couvre-chefs et récitèrent le Pater-Noster. Puis l’un d’eux se dirigea vers l’harmonium et offrit un mini-concert. Il s’agissait de l’organiste de la cathédrale de Munich. Nous ne connaissions pas la musique mais il fallut applaudir puis chacun est reparti chez soi.

 

 Un départ surprise

 

 Une nuit, il y eut tout un branle-bas, les portes claquaient, des ordres étaient donnés, il devait y avoir de la nervosité dans l’air. Mes grands-parents et ma mère se demandaient ce qui se passait mais personne ne bougea de son lit. Le lendemain matin, lorsque ma grand-mère se leva, elle fut intriguée par le calme qui régnait dans la maison. Cependant, elle n’osa aller dans la salle et attendit le reste de la famille. En fin de matinée, n’ayant vu aucun allemand dans les parages, elle ouvrit enfin la porte de la salle à manger et surprise ! Il n’y avait plus personne ! Tout était en ordre. Aucun document, rien n’avait disparu. Seul, un jeu de cartes était resté sur le buffet.

                                                        

                                               

Des réfugiés en soutane

 

 

Lors du premier bombardement à Coutances, nous vîmes arriver des réfugiés.  Monsieur le curé nous demanda si nous pouvions accueillir 3 prêtres : les abbés Adam, Compère et Dupont. Seul ce dernier était en tenue normale, les deux autres étaient en soutane. Ma grand-mère mit à leur disposition la salle à manger et deux chambres. J’aimais beaucoup l’abbé Compère. Il était amusant et je lui faisais des farces. Quant à l’abbé Adam, sur l’ordre de ma grand-mère, il m’imposait dictées et problèmes, ce qui ne m’enchantait guère. Un jour, mon grand-père, aidé de l’abbé Compère, creusèrent deux énormes trous dans le jardin pour y enterrer, dans l’un, du linge rangé dans une malle et dans l’autre, des bouteilles de vin et de vieux calva. Les trous rebouchés, ma grand-mère y planta des salades. Ni vu, ni connu ! Ceci afin de les préserver s’il nous avait fallu fuir en cas de bombardement.

 

 La « japette » du père Lafrousse

 

Depuis un certain temps, nous avions dix-sept réfugiés de la région de Marchésieux. Ils étaient installés dans deux étables qui avaient été soigneusement nettoyées et, pour plus de confort, de la paille y avait été mise. Je jouais avec les enfants. Nous avions tous très peur des avions , surtout lorsqu’ils survolaient le bourg et commençaient à piquer en vue du mitraillage des convois allemands sur la route Coutances-Gavray. Une mitrailleuse ennemie étai installée aux Cardrons et, de temps en temps, tirait sur les avions de reconnaissance américains, surtout s’il n’y en avait qu’un. Si, toutefois, quelques minutes plus tard, il en venait plusieurs, elle ne se manifestait pas, ce qui lui valut, de la part de ma grand-mère, le surnom de « japette » du père Lafrousse.

 

 Le jour tant attendu

 

Le jour de la libération, je jouais dans la cour avec les enfants des réfugiés quand, tout à coup, arrivèrent deux soldats, le dos courbé, sales, mitraillette au poing, l’air menaçant. Pris de peur, nous nous réfugiâmes près des parents. Ces soldats très méfiants demandèrent dans un mauvais français : « Y a-t-il des bâches ? »

« Non », répondit mon grand-père. « Qui êtes-vous ? ». « American, liberation, camarades, tanks arrivent ».  A l’arrivée de ces derniers, tout le monde (les gens du bourg et nous tous) a applaudi les libérateurs. Maman et moi leur avons offert des fleurs cueillies dans le jardin. Grand-père leur a donné du calva.

 

Des cadeaux venus d’Outre-Manche

 

 Pour nous remercier, un des Américains a donné une boîte en métal de 5 kg à ma grand-mère. Nous pensions qu’elle contenait de la confiture. Oh ! surprise ! Elle avait un drôle de goût, cette confiture ! En fait, c’était de la sauce tomate. Nous l’avons jetée. Il faut dire que les tomates, à cette époque, nous ne connaissions pas. Maman, qui ne fumait pas, reçut des cigarettes et aussi du chewing-gum, une nouveauté. Quant à moi, cet américain me donna une énorme tablette de chocolat aux barres prédécoupées, genre chocolat à cuire. J’étais très contente car je n’en avais pas mangé depuis longtemps puisque rationné. Réservé aux enfants dont les parents n’avaient pas de vaches, c’était un chocolat peu fameux, fourré avec une crème.

  

Jours de liesse

 

 

Les jours qui suivirent furent des jours de joie. Jeunes gens et jeunes filles se retrouvaient dans le bourg et faisaient des rondes jusqu’à une heure tardive mais, moi, enfant, je ne devais pas veiller trop tard et c’est avec regret que je partais au lit. Ce qui me frappa également, c’était les colonnes de prisonniers allemands qui, mains sur la tête, recevaient les huées de la population.

 

         

Pour une enfant de 10 ans, la liberté avait un goût de chocolat ! Denise Duchemin

 

Recueilli par Nelly Duval

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