Cinq ans de captivité en Allemagne- sept 40-mai 45

Armand Lengronne (19/12/1919-3/12/1986)

  

Lettres, documents et photos jaunies évoquant les longues années de captivité d’un des 52 prisonniers de notre commune, pendant la Seconde Guerre Mondiale, ont été retrouvés dans une vieille malle, au grenier, et précieusement gardés par Didier, le fils cadet d’Armand. Souvenirs et anecdotes souvent racontés aux copains ou aux enfants. Le tout offre un témoignage émouvant de ce que des hommes fous peuvent imposer à d’autres hommes qui n’avaient pas choisi la guerre et qui ont dû la subir avant de recouvrer la liberté ! Soixante ans plus tard, « la mémoire du passé éclaire l’avenir » (Hamlaoui Mekachera).

 

 

 

En cette année 1939, tout allait à peu près bien à Groucy, le village de ses parents et à la ferme de la Croix où il était ouvrier agricole. Les nouvelles étaient cependant mauvaises, venant de l’étranger. Un certain Hitler faisait des siennes et  avait déjà envahi la Tchécoslovaquie et la Pologne….Hélas ! Ce qui devait arriver survint le 3 septembre ! Comme, seulement 25 ans plus tôt, lors d’un tristement célèbre 1er août 1914, le tocsin retentit dans nos campagnes, porteur de la terrible nouvelle de la mobilisation générale. Les plus âgés, dont Jules, le père d’Armand, rescapé de la Grande Guerre, se souvinrent et prirent peur pour leurs jeunes. Armand avait tout juste 20 ans, l’âge pour partir à la guerre !! En fin d’année 1939, ses copains et lui passèrent la visite médicale pour le conseil de révision à Cerisy. Une journée, comme il se doit, bien arrosée qui s’était terminée chez Elise, le café épicerie de Saint-Denis-le-Vêtu. On avait même ré arrosé ça le lendemain ! Puis les travaux de la vie quotidienne avaient repris, comme à l’accoutumée, variant au gré des saisons.

Les conscrits

 

Soldat libre 10 jours, prisonnier 1800 jours !

 

Armand racontait ainsi sa drôle de guerre :

« Fin avril 1940, j’ai reçu mes ordres et, le 9 juin, départ pour Vannes en train, avec d’autres camarades, après être allé dire au revoir à ma famille et à Jeanne, ma fiancée. Après de nombreuses marches, manœuvres et les douloureux vaccins, trouvant trop difficile l’apprentissage de l’alphabet morse, j’ai demandé à travailler aux cuisines. Dix jours plus tard, l’arrivée des Allemands a définitivement mis fin à ma nouvelle carrière aux fourneaux.

Fait prisonnier le 19 juin avec de nombreux autres soldats, nous sommes descendus en Loire-Atlantique. Longues marches interminables, sans presque rien manger à part des pommes de terre que nous « défouissions » dans les champs et qu’on cuisait la nuit après les avoir cachées dans les jambes de nos  pantalons.  L’eau, on la lapait dans les ruisseaux, à quatre pattes !  Après un travail forcé d’arrachage de pommiers à Savenay, vers le 6 août, pour la création d’un terrain d’aviation, on a, jusqu’au 28 août, séjourné au camp de  Saint-Avé où j’ai eu la surprise d’une visite éclair de Blanche, ma mère et de sa sœur, ( elles avaient reçu mon courrier confié à un paysan). Tristes embrassades à travers le grillage ! J’ai précieusement enfoui deux tablettes de chocolat et le petit pot de confitures au fond de mes poches. Pas de place pour la poule qui a bénéficié d’un aller-retour vers Groucy, dans le sac de maman !

 

Vers l’Allemagne, dans des wagons à bestiaux

 

Du 4 au 8 septembre, nous avons été emmenés en convoi ferroviaire de 3 à 4000 prisonniers et déportés, 56 par wagon à bestiaux, debout nuit et jour, direction l’Allemagne. Traversée de la Rhénanie, de la Basse-Saxe et arrivée à Fallingbostel, au sud de Brême (ville actuellement jumelée avec Périers). Après le bain de désinfection, le tri a commencé : les déportés, hommes, femmes et enfants, d’un côté, revêtant des habits à rayures, les prisonniers de l’autre pour des vêtements marqués K G (Kriegs Gefangener = prisonnier de guerre). De là, marches vers Hanovre (Hannover), Brunswick (Braunschweig) et Blankenburg et sa sucrerie.

 

Après la sucrerie, la grande ferme

 

 

Les soldats germaniques étant au combat, les prisonniers devaient travailler à leur place. Dans cette usine de fabrication du sucre, il fallait mettre 1 tonne de cailloux de chaux vive dans les bacs de mouture de betteraves sucrières. Pas grand chose à grignoter à part des patates, des patates et encore des patates. Sans le bon beurre normand, c’est un mets bien fade ! En guise de sauce d’accompagnement, nous piquions un peu de sucre brut, ce qui  donnait des furoncles ! Aucun soin à part de la décoction de racines de « doches »( mauvaises herbes à longues racines). Un travail passager car il a fallu remonter à Brunswick deux semaines pour redescendre dans la plaine de Brankenburg et l’une de ses grandes fermes d’Etat ( 40 ha de blé, autant d’orge et de betteraves, 40 ha d’herbages, 40 vaches laitières, 22 chevaux et 2 bœufs de trait). L’agriculture, je connaissais ! En plus, nos conditions de vie étaient correctes : bien nourris et blanchis. Il a suffi d’un vol de ceinturon du contremaître ( parti passer, à l’étage, un quart d’heure de détente avec la cuisinière de la maison)  par un prisonnier wallon pour que la sanction soit appliquée aussitôt pour tous : retour à Fallingbostel, le camp de transit, pour 15 jours.

Armand prisonnier

Les copains de Stalag

 

 

                                                  

 

Le massif du Harz  

 

Le 31 août 1941,  je suis parti, avec 60 autres, en camion, à Hasselfelde, au cœur du massif cristallin du Harz, à 1000 mètres d’altitude, 6 mois de neige, dans un stalag (baraquements en bois) à flanc de montagne que nous devions rejoindre chaque soir après le dur labeur. Nous avons été répartis ainsi : 100 camarades au travail forcé en forêt, 25 autres vers les usines de la vallée, 2 étaient chargés de l’entretien des WC et du ravitaillement en eau. Quant aux 23 derniers, y compris moi, nous étions affectés vers des fermes des alentours.  

 

Chez les Wode

 

Ma nouvelle famille comprenait le grand-père, 72 ans et la grand-mère Wode, 68 ans, responsables de la petite ferme, un de leurs trois fils ayant été nommé à la Gestapo (Police) municipale du village voisin, donc absent pour les travaux des champs, les deux autres envoyés sur le front de Stalingrad où ils sont morts de froid, fin novembre 42. Deux filles aussi, l’une dans la Croix Rouge en Thaïlande  et l’autre infirmière dans l’armée. A la maison vivaient, en plus des grands parents et de moi,  la bru (femme du fils dans la Gestapo) et leurs quatre enfants, dont deux garçons, Hans-Joachim et Karl-Heinz  Ils étaient tous bien gentils mais il n’y avait pas grand chose à manger, ni pour eux ni pour nous. Quatre petites vaches jersiaises, 2 chevaux, 3 brebis et quelques poules constituaient leur maigre cheptel.

     

                                                    

Une fiole convoitée

 

Comme j’avais encore des furoncles provoqués par l’excès de mauvais sucre, je l’ai fait savoir dans une lettre à ma mère. Un remède de bonne femme pouvait convenir ! Mais comment faire parvenir de l’ail macéré dans l’eau de vie ? Dans les colis, j’ai reçu deux fois ce remède. Pour ne pas attirer l’attention des gardes, maman cacha la fiole désinfectante dans un pot de confitures bien prises, voire très dures. Les gardiens ayant dû renifler l’odeur de la goutte agirent ainsi à la réception de mon 2e colis.  Quand je revins au stalag, je trouvai étalé sur ma paillasse le contenu du colis, sous une forme différente : la confiture vidée et mélangée aux pois et  aux pâtes crus. Pas de trace de la fiole de goutte, évidemment ! Même sous cet aspect, il ne fallait pas faire le difficile ! J’ai passé mon dimanche après-midi à trier, un par un, les haricots secs, les pâtes et à remettre la confiture en pot. 

 

 

Du gras dans le cochon

 

Pendant cette longue période de captivité chez les Wode, nous n’avons tué qu’un seul cochon en 3 ans ½. Engraissé aux patates dix-huit mois de temps, il avait une énorme couche de gras et peu de bonne viande. En alternance, c’était la soupe à la couenne de cochon ou à la vieille brebis. Celle-là, on la reniflait de loin ! Quand la fille revenait de Thaïlande une fois par an, à Noël, elle faisait des gâteaux avec les quelques rares œufs de la ferme. En cachette de ses parents, elle m’en offrait parfois un que je partageais, le soir, de retour au stalag, avec les copains.

 

Hivers rigoureux et rares fourneaux

 

La neige a été abondante lors de l’hiver 1943-44. On avait les pieds trempés et gelés.  Le dimanche, on était dispensés des travaux. Nous restions donc au stalag. C’était le jour de la popote sur les trois seuls fourneaux,  pour 160 gars. On cuisinait, si on le pouvait (car tout ce qui était périssable, pain petit salé, poulet… arrivait, quinze jours plus tard, dans un drôle d’état !) le contenu de nos colis (pois, pâtes). C’était la pagaille, faute de place pour poser sa casserole sur le fourneau. Au printemps 44,  j’ai appris, par le journal mensuel que lisait le grand-père qu’un débarquement allié allait avoir lieu et que le front libérateur avançait. Je l’ai dit aux copains et nous avons commencé d’espérer. A la fonte des neige, en 1945, les premiers avions américains ont survolé la région. Ils ont pilonné pendant 15 jours. On se cachait sous le tombereau. Des camarades allaient récupérer les pilotes alliés et les cachaient au stalag. Quant on trouvait un cheval blessé, on le tuait pour avoir un peu de viande à manger. C’était la débandade côté allemand.                                                                               

 

Le drapeau allemand déchiré

 

Début mai 45, les troupes terrestres américaines sont arrivées.  Les résistants allemands ont envoyé un cheval blanc au devant des Alliés, porteur du drapeau nazi déchiré, signe de leur capitulation. Ils ont été faits prisonniers. Après avoir fouillé tout le village, ils sont venus au stalag et j’ai eu la chance d’être un des premiers, le 18 mai, avec une vingtaine d’autres, à profiter d’un camion qui nous a conduits vers l’aéroport de Dessau, en Saxe-Anhalt, au Sud-Ouest de Berlin. Trois heures quarante cinq après, j’atterrissais enfin sur le sol de France, au Bourget. C’est en train que je suis arrivé à Coutances. Des gens de Roncey m’ont ramené à Groucy où j’ai enfin retrouvé mes parents et mes deux frères, René et Georges. »

 

Epilogue

 

Armand s’est marié à Jeanne Noël, sa fiancée d’avant la guerre, en 1946. Ils ont repris la ferme des beaux-parents, située à la Croix. Deux enfants leur sont nés : Victor, l’aîné, est agriculteur dans la commune voisine de Guéhébert.  Didier, le fils cadet, exploite la ferme de ses parents depuis 1984. Jeanne est décédée le 4 avril 1983. Armand l’a suivie en décembre 1986.

Un premier courrier d’Hans-Joachim, le petit-fils Wode de la ferme dans le massif du Harz, est arrivé chez Armand le 11 décembre 1950. L’enfant, alors âgé de 3 ans ½ en 1945, n’avait pas oublié le prisonnier Armand qui jouait avec lui et partageait, en cachette, les patates chaudes destinées au cochon.  A l’image de cette paix désormais instaurée entre l’Allemagne et la France, un courrier est régulièrement échangé, depuis cette date, à chaque Noël, entre le petit-fils Wode et la famille Lengronne.

 

 

 

Lettre reçue d'Allemagne de Karl Heinz Wode agé de 8 ans et demi

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