Pourquoi des croix aux quatre coins de la commune ?

 

Par Nelly Duval

Si carrefours et entrées de hameaux sont parfois ponctués de calvaires, prenons-nous encore le temps de les voir et de nous demander pourquoi ces assemblages de pierres se terminant par une croix ont été érigés ?

Pour nos ancêtres, c’était une façon d’exprimer leur ferveur religieuse, leur demande de protection du hameau, un merci après l’obtention d’une faveur, une action de grâces, un hommage à l’un des leurs, décédé…

Aucun calvaire n’est semblable. Tous figurent le signe de la Croix, Croix du Christ mort, de la Résurrection, symbole que tracent sur la poitrine les fidèles à l’église chrétienne.

 

Petite leçon de vocabulaire

Au fait, doit-on dire indifféremment calvaire ou bien croix ?

Devraient être appelés calvaires les monuments-croix qui représentent le Christ sculpté ou représenté dessus, parfois aussi accompagné des personnages de ce moment de la crucifixion.  

Quand il n’y a qu’une croix monolithe (d’un seul bloc) taillée, c’est une croix tout simplement.

Peu importe ! En tout cas, ces monuments que nous avons dans la commune sont tous des croix (sauf  le Calvaire en hommage aux morts des guerres), muettes de plus, puisqu’aucune inscription n’est gravée dessus.

                                                                   

Anatomie des croix

Trois parties composent une croix :

1-le socle ou piédestal ou encore poêlon ou dé sur lequel elle repose, bien ancré au sol ou posé sur un emmanchement de une ou plusieurs marches.  Il peut être carré, rond, triangulaire, pentagonal ou octogonal. Remarquez que souvent les angles sont écoincés, taillés.

2-Il supporte le fût ou bâton long ou court, ou colonne, de section ronde, carrée, rectangulaire ou octogonale.

3- Enfin la croix ou croisillon à bras longs ou courts.

                                                 

Les croix de la commune

 

      1-      La croix du Petit Château.

Située sur la route qui va du bourg à la départementale Coutances Gavray, à droite.

Son socle d’une tonne, plutôt cubique, légèrement trapézoïdal est très sobre, datant des XVe-XVIIe siècles. Son fût de 428 kilos est de section carrée, plus fine en hauteur. Une tablette posée dessus porte le croisillon de 170 kgs. L’ensemble (sauf le socle) date du XIXe siècle.

L’on se souvient que le fût et la croix ont chuté en avril 2016. La remise en place a été assurée par Thierry et Nathan Robin, père et fils, artisans locaux en maçonnerie-restauration de bâti ancien, le 31 octobre 2016. Un gougeon en laiton inoxydable maintient désormais la croix à son fût. Avec garantie millénaire assurée ? Allez savoir !

A noter un trou au niveau du croisillon. Pourquoi ?

 Voici ce que disent les textes :

« En 1867, l’abbé Gougeon a établi une croix en granit près du manoir appelé le Châtel. M. Delarue-Duclos a donné l'emplacement et Mme veuve Lehodey, du manoir de Laulne, en a payé quarante-trois francs ; M. le curé a donné cent cinquante francs. »

 L’année suivante, à cause de la construction de la route Coutances-Roncey, la croix, sans bouger, s’est retrouvée  sur le bas-côté opposé à celui du Petit Château. Elle y demeure toujours.

 

     

La croix du Petit Château

2-    2  La Brunerie

Brunerie : Là où habitaient probablement des Le Brun ou Lebrun. Plus aucune trace de croix.

 

Il est noté ceci : « En 1859, un Calvaire a été établi par les soins de l’abbé Gougeon sur le terrain donné à la cure par M. l'abbé Fauchon : ce Calvaire a coûté huit cents francs ; une souscription des paroissiens a rapporté quatre cents francs, et M. Gougeon a payé le reste.  

De Charles Gougeon (1839-1879), l’abbé Legoupil dans son fascicule le décrit homme énergique, défenseur des petites gens (J’étais le père des pauvres », est-il gravé sur son tombeau), ne reculant devant rien, affirmant : « Je ne crains que Dieu ».

Anecdote : un jour que, dans le plateau de la quête, il avait trouvé un bouton de culotte, il répliqua « Merci pour ma culotte, maintenant pour la quête ».

 

 

          3  La Croix, au village du même nom

Juste au carrefour des quatre routes de Saint-Denis à Roncey et de la Scellerie aux Isles.

La plus mystérieuse avec son socle dont une partie semble enterrée, puis sa base étroite ayant probablement été sculptée de quatre talons de visages, surmontée d’un fût d’une époque plus récente et d’un granit différent. Enfin le croisillon, peut-être lui aussi très ancien puisqu’en même granit que le socle. Quand une croix avait été abattue (guerres Révolution,…), elle était souvent retrouvée gisant, enfouie au pied du socle.

 

Juste trouvé ce détail : « Un certain Jacques Fauchon « La Croix », né en 1711 et décédé en l’an 3 (1794-1795) habitait à cet endroit au bord duquel on pouvait déjà voir une croix. »

 

     

La Croix au village "La Croix"

3-     4-      La Croix Friale

Ou encore et plutôt Fériale : ainsi l’écrit l’abbé Quinette.

A la Révolution, la Croix Fériale, qui marque la limite avec Roncey, fut saccagée par des Révolutionnaires locaux. Il ne restait que le palier. Elle fut relevée en 1865. On sait que Mme veuve Aimable Néel donna cinquante francs et M. le curé de l’époque cent francs pour cette restauration. C’est lui qui fit relever les croix abattues sous la Révolution, et donc cette Croix Fériale et celle de l’Epiney qui, 60 ans plus tard, servira pour dresser le monument aux morts de la guerre 14-18. 

Cette croix a la particularité de posséder, à chacun des quatre talons de son socle, une effigie, probablement celle de chacun des quatre évangélistes Mathieu, Marc, Luc et Jean. Bien sûr il est impossible de les identifier, avec l’usure du temps ! Ce socle dé daterait de la fin du Moyen-Age. Comme les autres dés, il est en pierre de la carrière du Gast ou de Coulouvray-Boisbenâtre (à une douzaine de kms de Villedieu).

Non Friale mais Fériale ? Qu'est-ce qu'une férie ? A l'origine, la férie désignait le dimanche : c'était le jour férié où l'on cessait de travailler. Un dimanche ordinaire qui ne comportait aucune fête particulière. Par exemple le dimanche précédant le temps de l’Avent.

Fériale, Friale ? Si  vous prononcez vite et à l’ancienne, en patoisant légèrement, le mot fériale, vous verrez qu’il se confond avec Frialle ou Friale, appellation qui lui est restée.

Cette croix fut-elle inaugurée à cette date précise du calendrier liturgique ?

 

     5-      La Planche-Croix

Non loin du Grand Fontenay. Aucune habitation aujourd’hui. Aucune croix non plus.

 

 

      6-      La croix du cimetière, la plus haute, surmontée de quelques larges pierres marches, appelées triplan marchepied. Son socle trapézoïdal est bouchardé. Son fût de souche carrée passe à l’octogone par des chanfreins. Sectionné en deux. Le croisillon est de même profil, sectionné en trois.

C’est la croix au pied de laquelle dorment les anciens curés de Saint-Denis-le-Vêtu.

Le corps de l’abbé Beaufils repose, depuis 1939, près des tombes des curés Huvé, décédé en 1900 et Hardy. Ainsi que celle de l’abbé Gougeon, curé de la paroisse de 1839 à 1879.

« La croix, hélas, est en grand péril car elle se déchausse dangereusement. Il serait bon de la déposer rapidement pour travaux avant qu’elle chute sur les tombeaux alentour », faisait remarquer Jacky Brionne, président de la Fédération normande pour la sauvegarde des cimetières et du patrimoine funéraire, auquel j’avais fait appel pour m’aider dans la description et l’historique des croix. Une matinée fort enrichissante dont je peux vous livrer le fruit.      

 

 

7-      Le calvaire 

 

Au sortir de la Grande Guerre, l’abbé Beaufils, curé de la paroisse de 1906 à 1939,  a l’intention d’ériger, à l’entrée de la route de Roncey, un remarquable calvaire, souvenir des morts de la guerre. Le 11 avril 1920, il emmène la procession des fidèles, intentionnellement, jusqu’à l’emplacement du futur lieu du Calvaire pour faire décider le conseil municipal qui n’est pas entièrement d’accord sur sa proposition d’utiliser ce lieu à cet usage, bien que proposition « très avantageuse pour les finances communales. D’ailleurs M. le curé ajoutera, à la souscription faite par les conseillers, les 800f qu’il a déjà plus toute la quête du jour de la fête. » Plusieurs voudraient voir sur le fût de granit un poilu en bronze, comme la mode se répand. Inauguré le 22 mai 1921 avec guirlandes et arcs de triomphe. L’emplacement avait été offert par la famille du père Joseph Achard de Leluardière, grand mutilé de guerre et curé de Notre Dame du Roule de Cherbourg.  

8-La Mauvillière

A remarquer le travail du tailleur de pierre au niveau du socle du XVIe, pour passer de la base carrée à l’octogone. A ce socle, quatre talons en creux, avec volutes. Avec un système d’arc de cercle et belle gorge. Le fût, non d’origine, comme tous les autres, est cubique, légèrement effilé, en granit bleu de Vire, avec une tablette à moulure. Le croisillon est aussi cubique avec pointes de diamant.

 

Croix voisines

Certaines croix dans les communes alentour se distinguent par leur originalité et l’histoire de leur édification. Citons-en deux.

 

      A-    Les croix Pireaux à Guéhébert dateraient de la guerre de Cent Ans, aux XIIIe et XIVe siècles. Mentionnées pour la première fois dans un texte daté de 1622. « On raconte », dit André Boizard dans son fascicule sur Guéhébert, « que ces croix, l’une plus haute que l’autre sur leur piédestal, furent érigées pour commémorer la mort d’un gradé et d’un soldat. » D’autres affirmaient qu’elles s’élèvent en mémoire de deux frères Pireaux, l’un blessé qui vint mourir ici, l’autre tué un peu plus loin. Il a même été dit que deux Anglais ont été à l’origine de cette mémoire de pierre. Difficile de croire en cette version car, si nos charmants amis britanniques vivant actuellement dans la contrée sont fort pacifiques, leurs ancêtres l’étaient beaucoup moins au temps de la Guerre de Cent ans !

« Eh bien non », notait Jacky Brionne, « je suppose plutôt que ce sont deux croix qui symbolisent un mariage, un scellement d’alliance entre deux familles ». Pensant aussitôt aux habitants nobles, aux XVe, XVIe siècles, du manoir tout proche. Elles étaient de hauteur égale, l’une à côté de l’autre sur leur dé à double fût et non orientées comme elles le sont actuellement. Et certainement aux alentours du manoir et non à leur emplacement actuel.

Pour Edmond Lemonchois, l’historien montpinchonais, deux hypothèses. La première, rejoignant celle de Jacky Brionne : « un ex-voto de deux jeunes mariés ». Pour la seconde, ce seraient « deux croix érigées sur la sépulture de deux membres de la famille Bellisem, du Languedoc dont plusieurs membres vinrent dans le Cotentin avec les troupes navarraises (vers 1353-1404) ». C’est Michel Viel, historien, qui relate que, dans sa ville de Valognes, il y a deux croix jumelles semblables appelées les croix Bellisem, citées dès 1414. Hypothèses à vérifier par les puristes !

 

     

Les croix de Guéhébert

       B-     La croix Bonhomme d’Ouville, au carrefour tout près du bourg, assez basse, avec cinq trous, représentant peut-être les plaies du Christ en croix : celles des deux mains, deux pieds et du cœur. Pour Edmond Lemonchois, ces cinq ronds représentent un détail du blason des Caillebot de la Salle, XVII-XVIIIe siècle, en rapport avec le fief d’Ouville.

 

      l’abbé Quinette et le père Legoupil, auxquels je me suis référée.

La croix "Bonhomme"

C-    Et si vous continuez cette route vers Coutances, vous verrez, sur votre droite, un vrai calvaire avec un escalier à six marches, calvaire érigé en 1866 par la famille Le Taillis Fauchon. Avec ancien point géodésique pour calcul cartographique. Inscription en haut : Ave Maria… Puis il est question de quarante jours d’indulgence, rémission partielle des péchés.

  

La Mauvillère, le 3 novembre 2018

 

Avec l’aimable et généreux concours de Jacky Brionne qui m’a apporté sa précieuse aide pendant une matinée entière. Ainsi que celle d’Edmond Lemonchois. 

 

 

 

 

Avec le support des deux ouvrages sur la commune, écrits par

Permanences Mairie

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